De Pascal Ickx (Mai 2017) - EcurieVal Dor

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De Pascal Ickx (Mai 2017)

Saviez Vous
SAVIEZ VOUS QUE par Pascal Ickx Mai 2017

Bonjour à vous tous, mes chers amis.
Je fais suite à une demande exprimée par Yvette. Vous adresser ‘au kilomètre’ un petit
historique (je rigole parce que je n’ai pas deux siècles à raconter), de mon rapport à
l’automobile.
Elle m’a dit : deux pages A4. Je ne serai certainement pas au bout de mes souvenirs au bout
de soixante lignes, ni même, soixante-quinze (j’habite en France).
Je ne veux pas vous lasser. Donc je dois m’imposer un minimum de densité mais je crains de
m’échapper de temps en temps de mon récit, et de voir peut-être tout cela de l’extérieur. Vous
voudrez bien me le pardonner ?
J’ai d’assez nombreux souvenirs. Je les conserve avec précision. Certains toutefois
disparaissent, sans aucune raison et sans crier gare, et on en est tout surpris parce qu’ils filent
à l’anglaise, sachez-le. Et puis parfois ils se superposent pour former une pile.
En tous cas je ne puis regarder en arrière sans penser aux personnes. Et, s’il s’agit du sport
national je penserai d’abord à Georges Hacquin et Georges Harris, les deux Georges qui
étaient déjà de grandes vedettes en 1956, à l’époque où Paul Frère remportait du Ferrari la
deuxième place du Grand-Prix de Belgique.
Pour revenir à mes souvenirs, il me semble que les premiers que je puis avoir des courses
automobiles, c’est un Grand-Prix de Bruxelles ou du Bois de la Cambre, pour les voitures de
sport. C’était en 1946 et il devait y avoir à la Ville de Bruxelles de fameux enthousiastes de
l’auto !
Et les clubs automobiles connaîtraient leur heure de gloire jusque en 1955 et peut être même
jusque en 1960.
En 1946 on roulait avec tout ce qui avait survécu à la guerre et singulièrement des voitures
venues d’Angleterre restée vierge de toute occupation. Y compris des BMW 328. Le cadre du
Bois de la Cambre était pittoresque et même une perfection de verdure. En même temps on y
jouait aussi le jeudi après-midi qui était ‘congé’ en y poussant du souffle de légères
embarcations depuis les bords du Lac.
Et de ce Grand Prix de 1946 qui se courait sur un circuit empruntant pour moitié les avenues
intérieures du bois et l’avenue des Nations pour l’autre moitié (on parlera plus tard de
l’avenue Franklin Roosevelt), je me souviens de toutes ces voitures ouvertes virant à la belle
épingle à droite que l’on négocie au moment où l’on tourne le dos au Las, là où trônaient de
toute leur puissance trois hêtres colossaux dont au moins un hêtre rouge, un monument en soi.
Et d’un souvenir précis : Leslie Johnson virait à l’épingle en se retenant d’un bras à sa
portière. Vous avez compris que son 328 était, comment s’en étonner, une conduite à droite.
Tous les pilotes conduisaient en bonnet serre-tête blancs.
La même année, il y avait eu, à peine trois semaines plus tard, le 30 juin, de fantastiques
batailles à moto autour du Lac et de ses avenues si bombées à l’occasion du Grand Prix de la
Cambre et les duels fantastiques de Grizzly (Gilbert de Rudder) et de Fergus Anderson, tous
les deux sur Vélocette. J’ai eu le grand bonheur d’y assister et j’en ai gardé quelques images à
la mémoire, notamment de Fergus Anderson dans le grand virage à droite, côté Lac, la moto
déjà extraordinairement inclinée, la tête levée sous son casque Cromwell, à la recherche
constante de la sortie de ce virage (on tournait autour du Lac dans le sens des aiguilles d’une
montre). Si vous y passez aujourd’hui vous pourrez encore vous faire une idée très exacte de
ce que cela devait être à l’époque, bordures en porphyre comprises que seules des bottes de
paille masquaient à certains endroits. Help ! Yvette, je vais manquer de place !
J’ai sous les yeux, par pure chance, la photocopie de deux pages de « Moto-Revue » du 1er
août 1946 (c’était l’hebdo de la FFM, la Fédération Française Motocycliste), qui me
permettent de vous proposer à la fois un quizz et une surprise : qui pensez-vous participait
déjà au Grand-Prix Moto de la Cambre de 1946 ? « En 500 sport tourisme, dit la revue,
‘Frépeau’ prit au départ une confortable avance et ne fut plus rejoint. Son meilleur tour à 102
de moyenne constitue un magnifique exploit. » Frépau ? C’était le pseudonyme de Paul Frère,
29 ans en 1946 !
Ce furent pour moi deux baptêmes de choix. Une grande émotion complète cette année-là : le
premier anniversaire du V-Day où Bruxelles a connu une liesse absolument extraordinaire que
j’ai vécue en tenant la main de mon père.
Question pilotage, j’avais à ce moment appris à utiliser au ralenti la Eysink 125cc de ma
mère, et donc à utiliser prudemment un moteur, une force extérieure, étape capitale, et pour le
reste me contentais de faire des acrobaties à vélo y compris dans des chemins comme le
Vuylbeek en Forêt de Soignes, en quelque sorte du VTT, mais avec un vélo de ville, un
Sunbeam d’une grande stabilité grâce à une fourche suffisamment inclinée donnant un bon
angle de chasse.
Un détail technique ? –A cette époque on recommandait aux motocyclistes : « Vérifiez deux
fois par jour la pression de vos pneus et la tension de vos chaînes ».
Je dois maintenant donner un grand coup d’accélérateur pour sauter trois ans.
Nous sommes en 1949. Je suis à Reims, je vous le donne en mille, pour assister au Grand-Prix
de France ! Sans surprise j’y accompagne mon père Jacques qui en fera le compte-rendu écrit
pour « Les Sports ».
J’y découvre les Talbot Lago 4,5 litres de Grand Prix. Une grande quantité. Et je découvre
une grande vedette : Louis Chiron qui en remporte la victoire.
L’essence, la gomme, le bitume, les moteurs, les radiateurs, les roues Rudge et les maillets en
laiton pour les serrer, les pneus de course (ce sont des Dunlop ou des Englebert), tout cela me
convient ainsi que l’extraordinaire automobile qui permet le déplacement. Je crois pouvoir
dire que c’est toujours le cas aujourd’hui.
Pascal Ickx à Scy-Chazelles en Moselle, le Village de Robert Schuman
Prochain épisode : souvenirs ingénus de la saison des Grands Prix de 1951
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